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Elles sont venues s'installer ici

01/11/2018

Portraits

Parmi les nouveaux arrivants en Midi-Quercy, nous avons choisi de dresser le portrait d'Aurèle Letricot qui a créé sa librairie à Saint-Antonin-Noble-Val, et de Cathy Rigal, correctrice pour des maisons d'édition. Parce que la culture n’est pas l’apanage des grandes villes.

Aurèle Letricot: Libraire

Statut: SCOP

Date de création: 2014

Salariées: 2

La librairie Le Tracteur Savant propose une sélection de livres (littérature, nature, BD, albums jeunesse, beaux livres, archéologie…), des jeux, et elle organise toutes l'année des événements culturels, des rencontres avec des auteurs, des expositions, des ateliers. 

Au volant de ce Tracteur Savant, il y a Aurèle, la créatrice du lieu et Valérie, passionnée de littérature qui l’a rejointe dans cette aventure un peu folle.

Portrait en image

 

Cathy Rigal: Correctrice

Statut : micro-entreprise

Date de création : 2010

Lieu : Penne, en limite de la commune de Bruniquel

À 45 ans, Cathy Rigal décide de devenir correctrice et se forme au métier. Auparavant, elle a exercé en tant que libraire et restauratrice. Elle s’est installée depuis deux ans au bord de l’Aveyron et travaille chez elle.

« Je suis correctrice, et pourtant la plupart des gens pensent que ce métier n’existe plus. On ne trouve presque jamais le nom des correcteurs sur les livres, au contraire des traducteurs. C’est un métier invisible, sans doute moins prestigieux que celui d’éditeur ! Mais depuis que j’ai commencé, je croule sous le travail. À l’époque, j’ai financé ma formation moi-même. J’étais allée voir Pôle Emploi mais elle ne rentrait pas dans le cadre des formations financées. Cette profession ne devait pas apparaître comme un métier viable et rémunérateur. J’ai donc fait une formation de 6 mois par correspondance et un stage auprès d’une correctrice indépendante, et j’ai immédiatement démarré avec mon premier client. »

Si les spécificités du métier peuvent s’apprendre en 6 mois, celui-ci ne peut pas s’exercer sans une très bonne maîtrise de la langue. Cathy a fait des études supérieures de lettres. Et comme bien souvent, les gens passionnés par ce qu’ils font le sont depuis l’enfance : « J’étais toujours plongée dans les livres. Ce qui était un plaisir est devenu finalement mon travail. Si j’avais su en quoi consistait le métier de correcteur quand j’étais plus jeune, je pense que je m’y serais intéressée bien avant.

Je travaille pour la presse spécialisée, toulousaine ou parisienne, et pour des éditeurs tels que Dalloz, ou encore sur des ouvrages de la célèbre collection « Que sais-je ». Mes différents clients me demandent des prestations parfois très différentes les unes des autres. Hier, par exemple, j’ai relu la traduction d’un roman jeunesse anglais. La première lecture consiste bien sûr à corriger l’orthographe, la syntaxe, les coquilles. Puis je m’attaque à la traduction en elle-même. Je reformule certaines phrases, je reviens sur la traduction et fais des propositions à l’éditeur. Je travaille sur la cohérence, la fluidité, la précision des termes. Un autre de mes clients est un chercheur enseignant en architecture. Il m’envoie des entretiens audio et je dois les remanier, ce qui suppose d'en déchiffrer le sens et reformuler les phrases au style trop oral. Ma position consiste à rester humble, je pense au futur lecteur. Si je ne comprends pas, le lecteur risque de ne pas comprendre non plus, je dois donc faire des propositions pour que cela fasse sens. Dernièrement j’ai corrigé un ouvrage sur les ordonnances Macron de la loi travail, ou encore les contributions d’un colloque de juristes sur la GPA. Je dois tout vérifier, les références des lois, des procès cités. Je fais des recherches, je contrôle, je pointe les incohérences, j’harmonise. »

Pour Cathy, travailler en tant qu’indépendante est un choix, et il faut pallier ce qu’implique le statut de micro-entreprise. « En tant qu’auto-entrepreneur on est vraiment isolé, je travaille seule six jours sur sept devant mon ordinateur. De plus, on n’a pas ou peu de protection sociale. Quand on tombe malade, on n’a aucune rémunération, on travaille donc sans filet. Je réfléchis à d’autres solutions, peut-être une coopérative. J’ai rencontré d’autres correctrices sur LinkedIn, et on a décidé de se voir, elles habitent toutes dans les alentours. Par exemple, si on s’organise entre nous, on pourra se déléguer du travail pour qu’il y ait toujours quelqu’un de disponible pour un client qui a des impératifs de délais, pendant que d’autres partent en vacances ou, moins drôle, sont malades. »

C’est un métier qu’on pourrait exercer n’importe où, nous dit Cathy, mais elle s’est installée en Midi-Quercy, et cela impliquait qu’un certain nombre de conditions soient réunies. « Nous aurions pu décider de nous installer aux Pays-Bas car mon compagnon en est originaire, ou n’importe où dans le monde. Nous aurions pu aussi rester à Toulouse où la connexion internet était bien meilleure ! Mes clients, je ne les trouve certes pas ici, au bord de la rivière, mais comme on n’est plus au 19ème siècle, je ne suis pas obligée de vivre à Paris où sont concentrés la majeure partie des éditeurs, et de me faire porter les épreuves à corriger en calèche ! Quand nous sommes arrivés, un élu de la commune est venu nous rencontrer et nous a demandé ce qui nous faciliterait la vie. On a répondu, une bonne connexion internet. Je travaillais alors avec ma clé 3G, certains de nos voisins avaient encore une connexion via le satellite. Nous dépendons du réseau de Bruniquel et étions alors mal desservis. Pouvoir exercer ma profession en travaillant chez moi était conditionné par le fait que je puisse recevoir des fichiers importants sans avoir à attendre deux heures. J’aurais pu installer mon bureau ailleurs que chez moi, mais je ne sais même pas s’il existe des espaces de co-working à proximité. Depuis peu, les conditions sont réunies pour pouvoir travailler depuis mon domicile. »